novembre « 2009 « Le blog de Viviane Teitelbaum

Archive pour novembre 2009

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Gaucho latino

 

Gaucho LatinoSur mon mail ce matin, deux nouvelles concernant le même continent mais d’un point de vue différent. D’une part j’apprends que « Elio Di Rupo se félicite du virage à gauche de l’Amérique latine ». Qualifiant M. Correa (Equateur) d’homme chaleureux, dynamique et intelligent, je lis que M. Di Rupo a dit voir en lui l’un des représentants de la nouvelle génération de dirigeants qui se sont écartés du modèle néolibéral des années 1990. Parmi ces derniers, il a mentionné Ricardo Lagos et Michelle Bachelet (Chili) et Luiz Inácio da Silva (Brésil). Interrogé sur les profils plus radicaux d’Evo Morales (Bolivie) ou Hugo Chavez (Vénézuela), M. Di Rupo a dit « préférer parler des gens de gauche manifestement plus modérés ». Ouf. Toutefois, il souligne que les « conceptions plus radicales sont issues de situations qui méritent de la compréhension de notre part ». Ah bon?
En même temps je lis que Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, très isolé sur le dossier nucléaire, vient de réussir son pied de nez diplomatique aux puissances occidentales. Il vient de conclure cette semaine une tournée de trois jours en Amérique du Sud. Outre ses traditionnels alliés Hugo Chavez (Venezuela) et Evo Morales (Bolivie), Ahmadinejad a réussi à rencontrer le président brésilien Lula, un acteur régional incontournable et de plus en plus important sur la scène internationale. Ahmadindjad obtient ainsi, les soutiens recherchés en Amérique latine sur sa politique d’enrichissement d’uranium. Lui aussi doit se réjouir du virage à gauche de l’Amérique Latine !

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Une journée pour penser aux femmes victimes de violences

violences-femmes1La date symbolique du 25 novembre a été choisie en mémoire des trois sœurs Mirabal, militantes dominicaines, assassinées sur les ordres du chef de l’Etat, Rafaël Trujillo.

Aujourd’hui, en Belgique, on estime que la violence conjugale est la première cause de décès et d’invalidité des femmes âgées de 15 à 44 ans, avant le cancer ou les accidents de la route. Cette année, 47.000 dossiers de plaintes ont été ouverts. En Belgique, une femmes sur cinq est victime, au cours de sa vie, de violences physiques ou psychologiques. La victime des violences entre partenaires est une femme dans 95% des cas.
En France, une femme est tuée par son conjoint, en moyenne, tous les deux jours.

La lutte contre les violences conjugales et intra familiales doit rester une priorité. Car ces violences affectent non seulement la victime mais également les autres membres de la famille, parmi lesquels les enfants. Dans la grande majorité, les auteurs de ces violences sont des hommes et les victimes, des femmes. Les violences dans les relations intimes sont un ensemble de comportements, d’actes, d’attitudes d’un partenaire ou ex - partenaire qui vise à contrôler et dominer l’autre. Elles comprennent les agressions, les menaces ou les contraintes verbales, physiques, sexuelles, économiques, répétées ou amenées à se répéter portant atteinte à l’intégrité de l’autre et même à son intégration socioprofessionnelle.

Ces dernières années, les exemples de violences dans la sphère familiale se sont multipliés. La réalité de la violence envers les femmes est un phénomène, un fait social qui se retrouve de façon transversale dans toutes les classes sociales, cultures, religions ou situations géopolitiques.

Je voudrais attirer l’attention notamment sur la perte de logement liée aux violences conjugales et familiales et à la nécessité d’un renforcement de l’accueil des victimes, car si des lois existent pour favoriser l’attribution du logement familial au conjoint ou au cohabitant légal victime d’actes de violence physique de son partenaire, les maisons d’accueil à disposition des victimes restes insuffisantes.

Malgré la Circulaire du 3 avril 2006 qui prône la « tolérance zéro » pour lutter plus efficacement et de manière concertée contre ces violences intrafamiliales, celles-ci augmentent encore et encore. C’est pourquoi il faut mettre en place des plans pour lutter sans concessions pour ces femmes victimes à travers une condamnation sans réserve, une plus grande sensibilisation, une meilleure information et plus de prévention.

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Lettre ouverte à Radouane Bouhlal, Président du MRAX

racism-no
Radouane,
Je t’écris aujourd’hui parce que j’ai pris connaissance de tes accusations contre le libéral Jean Gol et contre mon courageux collègue, Alain Destexhe.
« Le MR est en train de régresser et de revenir aux pires années du libéralisme, celles de l’ère Gol et ses lois contre les étrangers. (…) visiblement affaibli, M. Reynders est aujourd’hui dépassé par une dérive populiste, celle des nouveaux réactionnaires de droite », as-tu déclaré. Et de rajouter : « Je m’étonne et je m’insurge face à la réutilisation d’un discours né de l’ère Le Pen en France, et qui hormis au Vlaams Blok Belang, n’avait jamais été au devant de l’actualité politique en Belgique ». Je m’insurge. Accuser des démocrates engagés de tes propres torts est à mes yeux inacceptable, et indigne.

« Visages pâles »

Yvonne Jospa, cette féministe courageuse, femme de cœur, de solidarité et grande résistante, qui a présidé le MRAX jusqu’en 1987, ne pourrait comprendre, et moi non plus : lors d’un débat télévisé sur le port du voile de la députée Ozdémir tu as qualifié les citoyens belges – non issus de l’immigration!- de «visages pâles». J’ai pâli, moi la juive, mais de honte. Aujourd’hui, c’est sans aucune gêne, que suite à la réflexion de nombreux mandataires MR dans le cadre d’un travail sérieux et posé sur le port du voile, tu oses juger « le MR moins libéral et plus liberticide ». Car pas d’accord avec tes positions discriminatoires envers les femmes qui renvoient les filles musulmanes à leur Imam plutôt qu’à la Loi ? Extraordinaire ! Tu donnes des leçons de démocratie ? Au nom de qui ? De l’organisation que tu as détournée de ses buts et missions initiales? D’un MRAX dont la seule activité consiste désormais à tenter de stigmatiser toute critique des religions, voire d’un islam radical ?

« Quelque peu contre-productive, relativement maladroite, assez confuse et pas assez ambitieuse »
C’est en ces termes que tu as qualifié la Proposition de résolution relative à la résurgence de l’antisémitisme en Belgique» que j’ai cosignée au Parlement bruxellois en 2004. Tu es intervenu lors d’une audition, tu t’en souviens certainement. J’ai été passablement déçue. Déçue que le MRAX, né MRAP en 1950, créé par d’anciens résistants – des Juifs et des communistes – unis dans ce Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix, ait d’un seul coup perdu l’idéal de ses fondateurs.

« Contre-productive, parce que les filles portant le foulard à qui on refuse l’accès aux établissements scolaires en raison de ce foulard ne comprendraient pas qu’on s’occupe des uns, en l’occurrence ici, les Juifs, qui auraient droit à une résolution du Parlement et pas des autres c’est-à-dire eux-mêmes ». Je suis choquée, car le président du MRAX, met à mal l’égalité hommes - femmes et compare un choix religieux ou identitaire à une discrimination, qui par son paroxysme a mené aux heures les plus noires de l’humanité.

Maladroite, disais tu encore, car ce texte stigmatise les arabo-musulmans. Je suis en colère L’antisémitisme nouveau, certes dû à une crise internationale doublée d’un crise identitaire chez les jeunes issus de l’immigration, parfois victimes de racisme ou instrumentalisés, doit-il en permanence s’effacer derrière un autre mal-être ? Les Juifs doivent-ils accepter de vivre des insultes verbales et physiques quand leurs auteurs appartiennent à une communauté qui subit des exclusions ?
Le nombre d’incidents et d’agressions antisémites est non seulement en progression constante depuis le tournant du siècle, mais en plus, ils sont souvent le fait de ces jeunes influencés par l’importation du conflit du Moyen-Orient en Belgique.
Le clientélisme politique qui veut séduire est, à mon sens, à l’origine de ce mal social, du laxisme et d’une forme complaisance intéressée qui acceptent de ces jeunes ce que l’on refuse aux autres adolescents. Et tu participes de ce processus en justifiant l’inacceptable, en cherchant des excuses, là où tu devrais simplement, tout simplement condamner les faits. Mais ce n’est pas cela que tu as stigmatisé, tu accuses ceux qui osent parler d’antisémitisme. Depuis ce travail parlementaire, après la publication de mon livre sur l’antisémitisme en Belgique, nous avons débattu, en privé ou sur antennes, tu n’as jamais condamné l’antisémitisme sans le noyer dans des condamnations simultanées et globales de différents racismes et xénophobies ou d’islamophobie.

Que tu t’entoures de personnes faisant « l’apologie du Hamas », un mouvement d’extrême droite, ou que tu t’interposes pour que l’on donne la parole à ceux qui, comme Tariq Ramadan, défendent l’idéologie salafiste, tout en traitant ceux qui n’appartiennent pas à ta communauté de « visage pâle » est outrancier, et dangereux.
Aujourd’hui nous découvrons les dérives autoritaires, les problèmes financiers, les compagnons de route que tu t’es choisi. Tes collaborateurs parlent de « gestion tyrannique » et de « harcèlement moral ». Ils pointent les manquements aux statuts et aux finances. Ils regrettent l’isolement du MRAX dans le combat antiraciste.

Il est urgent de revenir à un débat de fond serein, sur les problèmes sociétaux, sans procès d’intention, sans agressivité et sans tabous. Il est essentiel que le MRAX y participe et renoue avec ses traditions d’ouverture, de démocratie et de lutte contre tous les fascismes. Il est essentiel que les dirigeants du MRAX lui rendent sa dignité.

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